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J’enfonce mes pieds dans la rue, le silence ronge les arbres, à coups de marteau de la nuit, je me resserre et mon œil transparent s’éclate pour être plus profond. Je me souviens  de mes amis morts, enterrés dans un cimetière étroit où, à minuit, les loups hurlent. L’air noir frappe mon visage, passe son couteau sur mon corps glacial. Ce soir, le tout frissonne même la lune lisse nouée à l’absence étale. L’idée de suicide m’étouffe.

Est-ce ainsi que je conçois la présence ?

Je me veux fidèle en pleurant les corps défaits, égarés, oubliés, basculés aux pierres de regret, en criant dans la forêt lumineuse du lait : “

Inondation lumineuse  (Photo.Danoeil)

Inondation lumineuse (Photo. Danoeil)

Oh la Mort, tu es le pendu blanc, depuis le premier soupir dans l’oreille de la pomme inconnue !”

Est-ce ainsi que je conçois la présence ?

J’ai rêvé que j’étais une ombre, je me nourrissais de sang chaud qui coule dans des ruelles blanchies, par des feuilles laissées par les trépassés, puis, j’agitais vers la mer mon bras en signe d’adieu…en signe de danse et mes doigts sont emmêlés par l’alcool du mardi.

Est-ce ainsi que je conçois la présence ?

Tout ce que j’écris s’adresse à la nuit. Impassible, elle dort à l’ombre craintive, qui me devance, seule comme un crime, qui se hâte, ce soir, vers son début.

Est-ce ainsi que je conçois la présence ?

La nuit révèle tous les secrets de la solitude, même la solitude de Dieu, qui regarde les épaves par l’œil d’un songeur fatigué. La nuit est le certain, le bien inchangeable. L’obscurité est le parfum de notre disparition.

Est-ce ainsi que je conçois la présence ?

Dans la rue, j’ai rencontré un ancien ami, il m’a demande de lui parler de la mort, une phrase, dite par un poète suicidé, tombe sur ma langue : « …la dernière fois que je l’ai vue elle avait changé de coiffure », l’ami a prononcé son nom :

- Mourrais-je vraiment ??

- Un de ces jours

- Au revoir

-Au revoir

Je me lève, je retourne mes pas, et le ciel n’est pas là. Que reste-t-il de ma présence ? Je crois la nuit.

Roger Outa

Un texte  sur une collection photographique  de Danielle Kassouf (publié  dans Au-Féminin)

I.

Sur le dos d’une carte postale semi-brulée,  la main de la défunte a croqué un disque phonographique et une petite maison pleine des loups hilares, et elle me l’a donné  en disant : « Mon ventre vertigineux est le préambule de la fièvre de ton rêve….mon ventre est le couvre-nuque brun-roux de ton sépulcre chimérique ».

II.

À l’échafaud, je portais mon nimbe du sacrilège, j’ouvrais le livre des catacombes enceintes et je lisais. Tout a disparu. Le néant efface les silhouettes du sommeil, qui vient de la demeure du hasard, pour chiffonner le sang du visage. Tout est dérobé dans la chambre vide du train des crucifiés cruels, c’est le naufrage de l’absence. Je trahissais la lumière en fermant mes yeux.

III.

Je me trouve à la merci de la mort avec cette calotte mise, par l’héroïne malicieuse du roman de la mer, sur le sommet marbré  de mon crâne.  Je me trouve à la merci de la mort, comme si Orphée était un portraitiste et Eurydice se saignait  aux  quatre instants en effigie.

Tableau de Piotr Peterius

Tableau de Piotr Peterius

IV.

Foutre !

L’utérus est empoisonné par les cris naïfs, qui ont décrit les yeux flottants dans l’air, qui sort vaincu de la nuit mystique de Pascal !

L’utérus est l’écrit ex-mémorial d’un poilu aux pas hésitants, est le porte-crayon dans lequel on insère le corps charbonneux de l’inquiétude, est la redondance de la transparence poisseuse du monde mnémotechnique du plaisir….de la mort.

V.

Je me regarde

Je tourne  mon dos

L’ombre est blessée

VI.

Mon cerveau est dardé

Le froid est sine qua non

Et mon enfant ampute le bec de l’oiseau

Et le coquille de l’escargot

Il n’y  avait que la bonniche à côté de l’arbre qui était plus beau que lui

Et moi…je suis portraitisé !

Roger Outa

Texte poétique publié sur la Page de Monsieur et Madame Art

Le point est un linceul dans lequel on ensevelit un écrivain.

La virgule est un point prématuré.

Le point-virgule est la mort d’un jeune créateur atteint par une crise textuelle.

de Lasse Hoile

De Lasse Hoile.com

La gloire de la réponse embaume le point d’interrogation.

La réponse est une question sans armure.

Le point d’exclamation est une femme indolente.

Le “…” (Points de suspension) est les affres d’un créateur inconnu .

Je voudrais habiter l’ “etc.”, et scandaliser la pureté du texte.

Roger Outa

UNCARIO-Tchawou’at Kaddima

écrit par: Le Vert-Qarmati, traduit en français par Roger Outa

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- Les douleurs seront vaines si elles ne sont pas investies par créativité ou vainement !

- Tous ces drames et ces tragédies qui sont ecrits au sujet de la vie des humains, seront probablement subalternes par rapport à ceux qui ne sont pas écrits sur la vie des autres êtres vivants.

- La mort est la seule patrie où l’homme est un citoyen caractérisé effectivement par tous ces droits.

- La vie est une cellule aux portes béantes, l’espoir est le garde-chiourme, et l’échappement n’est possible que par la mort comme une liberté réalisée, comme une solitude tranquille.

- L’homme anéantit le présent et construit le passé néanmoins le futur est le produit de cet anéantissement et de cette construction.

- L’approfondissement des choses est le fait de tourner autour d’elles sans les scruter. Ainsi pensez les personnes superficielles.

- La déception est le résultat naturel de l’abus d’insurrection.

- L’opportunisme et la tromperie verbale et le gaspillage du temps sont les caractères de la prophétie réussie, Je n’ai pas trouvé un prophète aux bonnes intentions.

- Le regret est la mauvaise fonction de la mémoire, c’est lui qui nous rappelle l’imposture que nous pratiquons dans notre vie.

- Nous sommes honteux de la vétille car nous sommes sûrs de la gravité de la mort.

- La langue est inventée pour orner les scandales et pour berner la communication avec l’autre, cette dernière n’est valable qu’en silence pur.

- Nos corps ne sont les miens qu’aux moments de la douleur ou lors des rapports sexuels.

- Toutes les mélodies unies ne correspondent pas à la mélodie de l’impulsion rapide au moment de la crainte.

- L’amour est la calomnie de soi et de l’autre.

- « Immixtion » élégante est la philosophie.

- La lassitude est engendrée quand l’inquiétude sur les possibilités serait disparue. La lassitude s’engendre lorsque la douleur disparaitrait, lorsque nous nous sentirions inexistants.

- La tentative des humains d’arriver au bonheur et à la tranquillité est dans un sens un désir de retourner à l’utérus, où l’ignorance est crasse.

La saleté de l’enfance

L’absence de l’eau

Le sang du biberon

Le lait de Normandie

Les prostituées de la grand-mère

Les yeux de Thérèse et sa tombe

La méningite 35

Les cloches roses

Le  boxeur de New York

L’hymne à la morphine

La robe de « tu es encore à Paris » :

La dépouille de Cocteau ou de Marcelle ou de Toi ?

Roger Outa

Le paradis est un ensemble des mots dévoyés

..

L’écume du péché incrustait le visage

..

La paume de la poésie anéantit la maille du désir

..

L’odeur du corps émiettait les icônes surprenantes

 

 

La sévérité du rêve plante les blés de cette terre

..

Le moulin du silence  ombre sur la feuille de myrte

..

Dieu a perdu son nom dans la poche d’Adam

..

L’aiguille de l’absence nous dévidait lentement

Roger Outa

 

L’étoile a tissé le vêtement fervent de la mer,

Pour écouter les gémissements de cette terre nue,

Qui à son rôle, a cajolé la lumière égarée.

Et l’errance de l’eau  a épuré les souvenirs monstrueux,

Pour créer  la larme de l’œil clos….

Peinture sur petit pavé en marbre blanc d'après Amedeo Modigliani: Nu couché "Sdraiato" 1917

Mais le sommeil d’un crucifié

Peut sauver  l’image éparse,

Maintenant, il avale le visage

D’un miroir chaotique,

Ou d’un secret brumeux

Qui m’enterre dans la prière.

Lorsque la terre va gémir,

Une petite fleur s’y poussera,

C’est le sang de mon œil.

Roger Outa

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